Le Qi-Gong ou l’élixir de jouvence inattendu

Qui a dit que papi et mamie rimaient avec ennui ?
Dans une société où vieillir mène souvent à l’isolement et à l’inactivité, certains seniors ont décidé
de ne pas se laisser abattre. Loin des clichés, ils ont décidé de s’entretenir par la pratique d’un art peu connu : le Qi-Gong.


“Je vous souhaite à tous un très bon Kung fu.”
Ce sont sur ces mots que s’ouvre la séance de Francis Andrieux. Dans la petite cour verdoyante du
centre d’animation d’Argonne, ce passionné d’arts martiaux et de philosophie chinoise fait face à cinq femmes et un homme. A l’entente de ces paroles, leurs bavardages cessent. Ils sont prêts à recevoir l’enseignement du jour. Il s’agit du module 1, qui se concentre sur les cinq énergies du corps. Dans la pensée chinoise du Qi-Gong, l’énergie vitale est centrale et les initiés cherchent à l’apprivoiser.


La pratique des exercices préparatoires débute. Les participants s’appliquent. La plus jeune n’a qu’une quarantaine d’années et la plus âgée fêtera bientôt ses quatre-vingt huit ans. Les genoux se plient, les mains rejoignent le sol et vont effleurer l’herbe fraîche.
Les élèves sont plongés au cœur de la nature au milieu des pousses de ciboulette, de sarriette et de basilic. Puis, les enchaînements Qi- Gong commencent. Francis Andrieux conte l’histoire d’un
moine bouddhiste qui aurait médité pendant neuf ans.
L’exercice comporte neuf mouvements sur douze respirations.
Le Qi-Gong est l’un des produits de la pensée chinoise. En Chine, il est considéré comme une
médecine préventive. Il existe plusieurs types de Qi Gong, ceux issus des monastères bouddhistes,
taoïstes ou encore les familiaux, transmis de génération en génération.

Le but premier de cet art du mouvement est de faciliter la circulation de l’énergie dans les méridiens et les organes du corps. Avec une circulation harmonieuse de l’énergie, les défenses
immunitaires se renforcent. Cette pratique permet de se maintenir en bonne santé physique et mentale. Maintenir leur force, travailler leur respiration, sont autant de raisons qui ont poussé ces seniors à se tenir face à leur maître en ce jour.
Sous sa casquette blanche, le professeur corrige la posture de ses disciples avec bienveillance. “Le Qi Gong n’est pas un sport de compétition. Je ne vous demande pas de performance
de gymnaste”. Une certaine poésie se dégage de cette scène printanière. Auparavant seniors mais
aujourd’hui redevenus élèves, les participants du cours respirent pleinement, à mesure que leurs
mouvements s’égrènent.
C’est le moment de l’exercice du Tigre, une marche liée au printemps. C’est l’histoire d’un tigre qui va vers le ruisseau et qui regarde à travers les fourrés. Les seniors s’exécutent, tels de bons écoliers. C’est alors qu’une élève se rue sur une autre et lui grogne dessus. Le jeu s’installe. Les élèves chahutent en s’esclaffant et se pourchassent les uns les autres.
C’est une scène insolite. Les seniors retombent en enfance, pareil à des bambins trop dissipés. Le Qi Gong semble les avoir rajeuni. Huguette, espiègle, s’exclame “Si on faisait ça dans la rue, on nous prendrait pour des fous. Ici on peut se battre”.
Pour ces seniors, le Qi-Gong est un véritable renouveau, une façon de prouver au monde qu’ils
sont encore là, plus énergiques que jamais. Leur envie de se maintenir en bonne santé les animent. La séance de Qi-Gong touche à sa fin et la brise qui dérangeait les feuilles des arbres s’est apaisée. A l’arrière de cette petite cour, les tigres bondissent et le ciel s’est éclairci.

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